Le but de cet article est de résumer la saison 2024 au saumon en Irlande, et plus particulièrement dans le plus beau comté : le Kerry !
La pêche du saumon en Irlande a été suivant les mois de moyenne à excellente en 2024. Certes, de très nombreux saumons étaient aux estuaires en train d’attendre la pluie pendant le début d’été, mais lorsqu’il a plu, ça a parfois été la folie ! Ce qui suit est un condensé de cette année. Vive la pêche au saumon, la plus belle des pêches Irlandaises (et bretonnes, ça va de soi) !
Voilà une photo de cette année qui résume la densité de saumon en Irlande. Toutes les taches noires sont bien des saumons !

Pour les non-initiés aux saumons, il ne faut pas aller en Irlande avant début mai, les densités ne sont pas assez importantes avant. J’y suis donc allé comme chaque année au mois de mai. J’y ai surtout guidé. Je n’ai quasiment pas pu aller à la pêche, mais j’ai pu croiser de très nombreux saumons de printemps avec mes clients. Pour les non-initiés aux guidages, un guide de pêche professionnel ne pêche pas en général : il guide, oriente, explique et fait pécher ceux-ci. Pour le peu de fois où j’ai trempé le fil (15 heures en mai), j’ai perdu un beau printemps à la mouche que j’ai tenue 12 minutes, et vue 2 autres printemps me lécher la mouche. J’y ai pris un castillon à la fin du mois.
Les résultats d’un ami qui pêche les mêmes rivières que moi montrent qu’ils étaient bien là. Il a pris en quelques heures de pêche : 3 saumons de printemps à la mouche en un jour, puis un autre jour, 4 autres au lancer et à la mouche. En tout, il en a pris 20 en 15 jours (à raison de 3h de pêche environ par jour). Ah si j’étais simple pêcheur au lieu d’être guide !!! Je me répète, mais c’est important : tout ça était au mois de mai, qui est sans conteste possible, tous les ans en Irlande et dans le Kerry, la meilleure période pour les gros saumons !

Les mois de juin et juillet ont été très secs, et les saumons ont commencé à s’accumuler dans le bas des estuaires. C’est pourquoi, avec mes 12 années d’expérience en tant que guide pro, je vais arrêter d’aller là-bas à cette époque, c’est trop peu pluvieux en ces mois d’été. Pour 2025, j’irai donc pendant les meilleurs mois : mai et septembre, qui sont à eux seuls 80 % de mes prises et des poissons que je fais prendre.

Revenons à la saison 2024 et aux mois qui suivent. Dès mi-aout, il s’est mis à pleuvoir ! Et là, ça a bien sûr tout changé. J’ai un client qui a pris fin aout pour sa première venue dans le Kerry, 11 saumons en quelques jours de pêche… Certaines personnes ont pris 5/6/7 saumons en 1 seule journée… Pour ma part, j’ai vu beaucoup de saumons, mais n’ai pas beaucoup pêché. J’ai raté la plus belle journée puisque j’étais en guidage au bar en kayak en mer. Mais je me souviens très bien de 2 combats que je vais essayer de vous raconter dans les prochains paragraphes.
Le premier, après 3 h de pêche. Je vois pas mal de saumons dans chaque pool, mais je n’arrive pas à les faire mordre. Après 5 pools, j’arrive à un pool avec un courant de côté à l’extérieur, dans un léger virage. Là où il y a le courant, il n’y a pas d’eau (de 20 à 80 cm), et de l’autre côté, à l’intérieur du virage, les résidents, au nombre au moins de 10 poissons et un trou de + de 2 m de fond. Ceux-là ne mordront pas, mais peut-être qu’à la limite du courant et des résidents, se tient un poisson mordeur ? Je décide de changer mon bas de ligne, mets un nylon plus fin, car je change de numéro d’hameçon. Je mets une petite mouche de 12 en double, alors que j’étais en 10. Je choisis un hameçon fin de fer (mais solide) pour être proche de la surface. Je pêchais entre 2 eaux avant, et me dis que c’est probablement pour ça que je n’avais pas de réussite. Je pêche à la bretonne, très court, sans bouger de place puisqu’il y a soit trop de courant près d’une rive, soit trop de fond de l’autre. Puis j’allonge au fur et à mesure. Je passe sous les arbres, et je me doute, bien que je n’aie jamais pêché là, que c’est là que ça se passe.
Et tiré, je bloque la soie, lève la canne, et voici que ça remonte comme 95% des saumons. Pas le temps de mouliner, je strippe… Et là, coup de tête, ça part vers l’aval. Et je sens que c’est lourd, mais assez petit. Je suis descendu en fil, mais il est neuf, donc ça va le faire. Là pas question que j’appelle quelqu’un, je suis en pleine nature. La première maison est à 1 km, et en général, je suis seul à pécher… Parfois est-on 3 ou 4 par rivière, mais guère plus ! Le Kerry est peu peuplé, la pression de pêche très faible, c’est pour ça que j’y habite. Je commence à me dire que c’est long, mais 10 minutes de rushs, de sauts et de bons coups de tête, j’arrive à le blanchir ! Je le mets enfin à l’épuisette ! Quelle joie !

La seconde histoire : alors là, je n’avais jamais vécu ça… malgré cette année ma 30ᵉ année de pêche au saumon. J’ai déjà eu des saumons à changer de pool une fois et tout le temps en dévalant. Les gros font ça, et s’aident de leur taille et de leurs poids. Il suffit de les suivre quand on peut… Mais là…
Commençons l’histoire par le début. Je pêche un pool, puis un second. Je peigne partout, y compris entre les pools dans peu d’eau. Ils sont petits ces « trous », de 10 à 15 m de long. J’arrive à un endroit, ou je n’ai jamais rien pris. Je n’y crois pas beaucoup, mais après 3 lancers, c’est le bouillon en surface. Je vois un beau saumon venir prendre ma mouche. Elle n’évolue qu’à 5 cm sous la surface et la « piscine » est étroite et fait 3m de fond au moins ! Je m’étais toujours dit : « ce sera au lancer si je prends un saumon à cette place ». Mais non, j’en tiens un à la mouche.
Petit aparté : Je pêche autant à la mouche qu’au lancer, tout dépend des années. Je guide aux 2 méthodes, aussi bien en Bretagne qu’en Normandie et bien sûr en Irlande.
Bref, le saumon se bat. Et d’un coup, il va dans le haut du pool. Ok, c’est rare, il a la tête dans 30 cm d’eau, mais ça ne me perturbe pas outre mesure. Il redescend un peu… normal. Et d’un coup, il remonte et change de pool. Alors là, je suis bouche bée… Il n’est pas gros, seulement 6 livres ½, (soit 3 kilos à peu près), mais il fait ce qu’il veut. Ce n’est pas moi le patron, et j’ai l’impression qu’il connait le secteur ! Il sonde, essaye de s’accrocher dans un rocher. Alors là, pour avoir pêché la carpe gamin, j’avais l’habitude de ce genre de comportement chez les cyprinidés, mais chez un saumon… Il repart, ma soie ripe le rocher… Et là, il remonte et … change de nouveau de pool, encore ! Je n’en crois pas mes yeux. À peine le temps de comprendre, qu’il rush en face de moi, il essaie de se prendre dans les racines d’un arbre en face de moi. Là, ça ne va pas le faire. Je suis bien monté, en 30 centièmes. Ça fait 5 bonnes minutes qu’il me fait tout un cinéma, je me dis qu’il doit être fatigué. Je tire donc dessus comme si ma vie en dépendait (bien sûr qu’elle en dépend, la pêche au saumon est ma culture, ma raison de vivre, et personne ne m’interdira de le pêcher, foi de breton) !
Enfin, après avoir tiré dessus, il fait demi-tour, tout en ayant touché plusieurs racines. Heureusement, il n’est pas passé en dessous. Il dévale, et repart dans le sens inverse. Il change encore de pool et revient. Alors là, remonter 2 pools, puis en redescendre un, je n’avais jamais vu ça de la part d’un saumon !

En fait, ce poisson était « vieux », et pour l’anecdote : j’avais bien ressenti quelque chose à cet endroit-là, une semaine avant, en pêchant au lancer. Mais j’avais oublié.
Ce saumon devait connaitre ces autres pools, et suivant le niveau d’eau, passer de l’un à l’autre, par jeu ou pour sa survie. Je l’échoue, pas peu fier d’avoir contrecarré ses plans. Encore une fois, le plus beau jour de ma vie, comme chaque fois que je prends un de ces poissons !
Enfin, le mois de septembre, a été relativement bon, mais moins que d’habitude (le meilleur mois de l’année dans le Kerry pour les castillons, avec quelques très gros saumons d’automne), puisqu’on a eu moins de pluie… Malgré tout, les pêcheurs qui sont venus fin septembre ont pu bénéficier de pluie qui a encore une fois changé la donne !
On se voit l’année prochaine dans le Kerry en mai et septembre pour prendre des saumons ? Moi, j’y serais et vous y guiderais avec le plus grand des plaisirs. Partager ma culture, ma philosophie, les paysages incroyables et inoubliables avec les plus grandes montagnes d’Irlande, c’est pour ça que je vis. Et au milieu, coulent des rivières… à saumons !